Par Alexandra BOGAERT
LIBERATION.FR : jeudi 15 juin 2006 - 18:14
L'humoriste belge Raymond Devos est mort jeudi à l'âge de 83 ans après plusieurs mois d'hospitalisation pour une attaque cérébrale ? La jeune génération des comiques français le voit comme une figure tutélaire, mais pas une référence ? Reportage ?
Des mots subtils, des phrases qui font mouche. Des sketches courts. Un discours adressé à chaque spectateur et non lancé à un public indéterminé. Une présence scénique qui rend tout décor superflu. «Raymond Devos, c'est un peu le précurseur du stand-up», assure Antoinette, programmatrice de la salle de spectacles humoristiques le Point Virgule, à Paris. La filiation entre l'artiste et ce one-man show d'un genre particulier est évidente. Parce que le stand-uper s'adresse au public sur le ton de la conversation, parle de lui-même à la première personne et n'endosse d'autre rôle que le sien, Raymond Devos, décédé jeudi à l'âge de 83 ans, était un stand-uper avant l'heure. Avant que le genre n'explose en France. Avant Jamel Debbouze, Gad El Maleh ou Tomer Sisley.
Une nouvelle vague d'humoristes français marche sur les pas du clown belge, mais sans le revendiquer. «Devos, c'est un passeur de relais», dit Marie-Caroline Burnat, directrice de la salle de spectacles humoristiques le Point Virgule à Paris. Kamel Lahmadi, un jeune auteur qui déniche les «stand-upers» les plus prometteurs pour son festival d'humour (1) l'assure: «Raymond Devos était un maître du mot, respecté des jeunes humoristes. Mais il n'est pas de ma génération. Les stand-upers français sont davantage influencés par des humoristes américains comme Bill Cosby, Robbin Williams ou Jerry Seinfeld. Devos est une figure mais, honnêtement, je ne pense pas que ce soit une référence. Les références, actuellement, ce sont les Américains et Gad El Maleh.»
Benoît Labannierre n'est pas un stand-uper. Cet ancien musicien de bal, comique presque timide à la ville, est à l'affiche du Point Virgule où il présente un one-man show pur jus. Le titre de son spectacle, «Le non sens près de chez vous», pourrait être un hommage à Raymond Devos, sacralisé roi de l'absurde. Eh bien non. Pour lui aussi, les repères sont ailleurs. Si Devos, «un type anormalement doué, un mathématicien du langage», fait partie de son panthéon des humoristes, ses chocs humoristiques sont ailleurs: «les Monty Python pour leur non sens britannique et leur art de ficeler un sketch de manière rigoureuse. Pierre Palmade pour la musicalité et l'efficacité de son écriture : une phrase, un rire. Et Pierre Richard, c'est mon clown.» Devos, il ne l'a découvert que tard, en ouvrant le recueil de sketches «Sens dessus dessous». «Ce livre est un allié artistique. En étudiant l'écriture, et notamment comment, en quelques mots, est planté le décor, j'ai beaucoup appris. On devrait l'enseigner à l'école, catégorie classique du rire.»
(1) «Courts et drôles» a fêté sa huitième édition en mai.
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